Naissance d'une chrétienté en Provence

[Conférence donnée le 16 novembre 2006 par Jean Guyon]

Introduction

Quand les évêques de l’Antiquité souhaitaient retracer l’évangélisation de la Provence, ils n’évoquaient ni la Madeleine, ni Lazare, ni Maximin. Tout avait procédé selon eux de l’évêque d’Arles Trophime, dont certains faisaient un envoyé de l’apôtre Pierre, d’autres un contemporain de l’empereur Déce (249-251). Signe certain que les premières générations chrétiennes, comme il est normal, étaient plus préoccupées par leur mission évangélisatrice que la tenue d’archives écclésiastiques.

Si l’archéologie ne supplée pas au silence des textes, elle permet en revanche de mesurer assez précisément les progrès, puis le succès de cette mission. D’abord par ces images inspirées de la Bible qui apparaissent sur les sarcophages dès la fin du IIIème siècle, pour connaître au IVème siècle un succès croissant.

Par les inscriptions gravées sur les tombes, ensuite, dont les formules traduisent de plus en plus précisément au fil du temps la foi des fidèles et la conversion de la société. Par la splendeur des édifices du culte, enfin, dont la floraison, à partir du Vème siècle a coïncidé avec celle des écrits des « Pères de l’Église » provençaux, Cassien, Salvien, Prosper, Vincent, Gennade…

Ce siècle injustement réputé obscur fut en réalité pour les Églises un « siècle d’or » ; plus sûrement que les « traditions apostoliques » chères à la piété médiévale, il traduit la fécondité des premiers temps chrétiens en Provence. *

Référence : Cathédrale vivante, bulletin d’information 2006

Conférence en audio

1ère partie

Compte-rendu

L’ARCHÉOLOGIE, MÉMOIRE DE LA RELIGION CHRÉTIENNE EN PROVENCE

(IIIème – VIème siècles)

C’est le thème que le professeur Jean Guyon a magistralement développé lors d’une conférence donnée le 15 novembre en l’église de Venelles. L’œil avisé du chercheur derrière la sobriété des instruments de recherche ou de fouille, le savoir toujours plus technique des spécialistes, tout cela fut offert au public sous forme de diapositives convaincantes. Un guide pour remonter dans le temps d’une Provence parfois mal connue, permettant de reconstituer, siècle après siècle, l’expansion de plus en plus rapide de la religion chrétienne « destinée » à supplanter le paganisme. Il s’agit en fait d’une inculturation typique à travers laquelle on repère les métamorphoses d’un paganisme déclinant.

Le Professeur Guyon a longuement insisté sur le passage du IIIème au IVème siècle : le règne de Constantin est effectivement déterminant pour les églises chrétiennes qui grandissent, se multiplient, tandis que les artistes restructurent de manière parfois ambiguë les thèmes typiques de la sculpture païenne.

Quelques exemples empruntés au décor des sarcophages :

  • La représentation du « Bon Pasteur » que le chrétien assigne spontanément à sa religion est d’abord la reprise de la « philantropia » grecque, l’amour de l’homme.
  • ChrismeInterférences parfois difficiles à décrypter entre le chrisme fondamental (XP), symbole du Christ, et sa coexistence avec le rappel des dieux « mânes » de la religion romaine.
  • OranteOu encore l’image de « l’orante » levant les bras en prière, superposée à celle de l’antique « pietas ».

Les représentations chrétiennes émergent donc peu à peu sur « un terreau propice » puis s’affirment au IVème siècle lorsque la religion chrétienne est officialisée.

Liés au financement du culte, les monuments chrétiens se multiplient, en décalage chronologique avec les croyances qui les ont suscités. Les exemples abondent en Provence : Fabuleux développement de Marseille aujourd’hui reconstitué grâce aux fouilles plus ou moins récentes (St Victor, La Major, etc.) ; d’Aix avec N.D. de la Seds et St Sauveur (Vème).

Un point intéressant que le conférencier a abordé : l’essor rural des monuments chrétiens, bâtis sur le modèle des monuments urbains, comme pour rivaliser avec des instances plus importantes.

Initiés, non initiés, le public n’eut pas de difficulté à suivre les termes techniques, très bien définis sur une fiche de lecture complète.

Si l’archéologie est lieu de mémoire, et donne à penser, la suite des conférences qui se dérouleront à Venelles donneront aussi à réfléchir sur la pensée chrétienne qui s’est affirmée en Provence dans les premiers siècles de notre ère. Monuments, sculptures, objets décoratifs s’entrecroisent pour dire une même foi.

Annick Rousseau